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Il y a 70 ans, Michel Rocard et l'opposition socialiste à la guerre d'Algérie

Michel Rocard participe à une conférence internationale des étudiants socialistes à Londres en 1955 (deuxième rang, deuxième à droite)
Michel Rocard participe à une conférence internationale des étudiants socialistes à Londres en 1955 (deuxième rang, deuxième à droite)

Lorsque Michel Rocard adhère à la Fédération nationale des étudiants socialistes fin 1949, l’anticolonialisme est déjà une composante forte de son engagement. Il s’est forgé notamment au contact de jeunes socialistes d’autres pays européens qui n’étaient pas des puissances coloniales et qui l’ont amené à une autre approche du fait colonial.

La guerre d’Indochine qui s’enlise et les occasions manquées d’en sortir qui se multiplient sont autant de motifs de mobilisation et d’implication militante pour celui qui est rapidement devenu secrétaire du groupe de Sciences Po puis du groupe de Paris des Étudiants socialistes, mais les liens noués entre les ES et l’AEMNA (Association des étudiants musulmans nord-africains) contribuent à placer naturellement la question de l’Afrique du Nord au cœur des préoccupations.

Quand il devient secrétaire national des ES en 1953, d’une certaine manière le paysage se clarifie : il s’agit surtout d’encourager les efforts de Pierre Mendès France pour conclure la paix en Indochine, effort inaboutis en juin 1953 mais couronnés de succès un an plus tard, et engager la décolonisation de la Tunisie et du Maroc. Dès sa prise de fonctions, il organise un séminaire de travail des ES sur les enjeux du Maghreb, auquel participent des personnalités marquantes comme Charles-André Julien[i], Victor Fay[ii], Si Bekkai[iii] ou Abderrahim Bouabid[iv]. Même si ça ne devient pas la ligne officielle des étudiants socialistes, la problématique de l’indépendance est abordée sans tabou – ce qui est une petite révolution et orientera peut-être leur compréhension de ce qui se joue en Algérie à partir de la fin 1954.   

Lorsque survient l’insurrection algérienne de la « Toussaint rouge » en novembre 1954, Michel Rocard, qui a été appelé sous les drapeaux quelques mois plus tôt, quitte ses fonctions de secrétaire national des Étudiants socialistes. Mais, comme il le racontera plus tard, « je faisais mon service militaire à Paris – au bureau des écoles de l’armée de l’Air, en tenue civile -, je passais mon temps à militer contre la guerre d’Algérie, et je considérais que tous les étudiants qui étaient en résidence à Paris étaient de la main d’œuvre politique et devaient aller se battre dans les sections [v]».

Avec la chute du gouvernement Mendès France, en février 1955, c’est à nouveau le combat contre la politique coloniale de la droite qui s’impose, d’autant qu’à la suite de la dissolution de l’Assemblée par Edgar Faure, se constitue un « Front républicain », coalition entre la SFIO, le Parti radical, l’UDSR de François Mitterrand et les « républicains sociaux » de Jacques Chaban-Delmas, qui fait d’une paix négociée en Algérie un de ses principaux mots d’ordre et qui recueille le 2 janvier 1956 une majorité relative des sièges, qui conduit Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO, à la présidence du Conseil.

Mais un mois plus tard, le 6 février 1956, commence le moment de bascule. A la suite d’un voyage à Alger, mal préparé et mal organisé, Guy Mollet fait face à une manifestation violente de la population d’origine européenne aiguillonnée par les ultras. Alors qu’il devait installer comme ministre résident le général Catroux, qui avait l’image d’un libéral, il cède devant l’émeute. Catroux renonce et Guy Mollet, quelques jours plus tard, annonce la nomination de Robert Lacoste, jusque-là ministre de l’Économie. Le jour de cette annonce, Michel Rocard se trouve, avec d’autres étudiants socialistes, dans l’appartement de Victor Fay qui leur dispensait des cours d’initiation au marxisme. Et Rocard raconte ainsi la réaction de Victor Fay à la désignation de Robert Lacoste : « Eh bien, le camarade Mollet, il va jusqu’au bout. Ça va être une catastrophe. Le camarade dont vous venez d’entendre le nom, je ne sais pas si vous le connaissez, c’est un nationaliste petit bourgeois, il est syndicaliste mais, bien qu’il s’en vante beaucoup, il ne connaît rien à la classe ouvrière à laquelle il n’appartient pas, il a sûrement quelques générosités dans la tête et l’envie de faire la paix mais il ne connaît pas le dossier, il va arriver en Algérie, il y trouvera des ”petits blancs” qui seront des syndicalistes Force ouvrière qu’il commencera par recevoir, le contact passera, ces gens sont chaleureux, il va les défendre y compris contre les plus pauvres qu’eux, les arabes, il n’a pas de culture générale ni pour connecter le problème algérien avec les problèmes du reste du monde ni pour admettre que la République française puisse avoir été erronée dans sa transmission de la dignité, etc. [...] Il transmettra les pouvoir civils aux militaires, il va nous déshonorer.[vi] »

Au mois de mars, la tournure redoutée par Victor Fay commence à prendre forme, avec le vote de la loi sur les « pouvoirs spéciaux », qui confère au gouvernement « les pouvoirs les plus étendus pour prendre toute mesure exceptionnelle en vue du rétablissement de l'ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire ». Si cette loi est adoptée par 455 voix contre 76, y compris donc avec le soutien des parlementaires communistes, son utilisation dès le printemps 56 pour saisir des journaux ou poursuivre des personnalités comme Claude Bourdet[vii] ou le professeur Marrou[viii] jette le trouble chez certains militants et responsables socialistes, y compris au sein du groupe parlementaire. En mai, Pierre Mendès France démissionne du gouvernement, exprimant son opposition à la politique conduite en Algérie. Lors du congrès de la SFIO qui se tient à Lille en juin 1956, sous l’impulsion des premiers « minoritaires » mais surtout des fédérations du Nord et des Bouches-du-Rhône, une motion est adoptée qui enjoint le gouvernement de se battre « sur deux fronts », c’est-à-dire aussi bien contre les « ultras » que contre « la rébellion », et de rechercher une vraie négociation avec le FLN. Du coup, c’est Robert Lacoste, qui ne l’entend pas ainsi, qui se trouve en délicatesse par rapport à la ligne majoritaire du parti.

Début de la lettre des étudiants socialistes aux dirigeants de la minorité socialiste en juin 1958
Début de la lettre des étudiants socialistes aux dirigeants de la minorité socialiste en juin 1958

A cette période, Michel Rocard, qui avait été affecté durant son service militaire, pour quelques mois, au cabinet d’Alain Savary, secrétaire d’État aux affaires marocaines et tunisiennes – qu’il considérait un peu comme son « mentor » en politique – pour traiter le courrier parlementaire, doit se consacrer à son entrée à l’ENA, où il est reçu au mois d’avril (promotion Dix-Huit Juin) puis à son stage de préfecture dans l’Yonne.

A l’automne 1956, la situation sur le front algérien se complexifie : des négociations secrètes que le gouvernement de Guy Mollet avait entamé avec le FLN échouent ; le 22 octobre, sans en référer au pouvoir politique qui couvre néanmoins l’opération, l’armée détourne un avion privé transportant Ahmed Ben Bella et quatre autres dirigeants de premier plan du FLN ; cet acte de piraterie aérienne provoque la démission d’Alain Savary du gouvernement ; fin octobre, après une offensive de l’armée israélienne sur le canal de Suez, la France et le Royaume-Uni envoient des forces parachutistes pour contrôler le canal mais au bout d’une semaine, sous la pression conjuguée de l’URSS et des Etats-Unis, ils doivent s’en retirer.

Pour autant, ces revers pour l’exécutif ne permettent pas à l’opposition interne à la SFIO de se renforcer. Cette opposition est trop disparate, entre l’aile gauche acquise à la cause de l’indépendance algérienne et ceux qui souhaitent d’abord et avant tout des négociations de paix, les difficultés du gouvernement exacerbent le patriotisme de parti plus qu’elles ne le fragilisent et surtout, la question coloniale passe très au-dessus de la tête de nombreux militants. Michel Rocard le reconnaîtra par la suite : « L’impréparation mentale et culturelle de nos camarades à affronter courageusement le problème nous a paralysés [i]».

Début 1957, les positions se durcissent. D’une part, comme Victor Fay l’avait anticipé, fin janvier le gouvernement transfère à l’armée les pouvoirs de police en Algérie : ce sera « la bataille d’Alger », menée notamment par les unités parachutistes commandées par le général Massu. De son côté, les minoritaires créent le Comité socialiste d’étude et d’action pour la paix en Algérie (CSEAPA), le 29 janvier, animé par des personnalités emblématiques de la SFIO comme Oreste Rosenfeld, Marceau Pivert ou Robert Verdier, auxquelles se joint Michel Rocard dès sa constitution.

Surtout, Michel Rocard va entreprendre, en vue du congrès qui se tiendra à Toulouse en juin 1957, la rédaction d’un texte, intitulé « Le drame algérien », qu’il entend soumettre à sa section – la 6ème section de Paris – puis à la fédération de la Seine, puis au congrès.

Comme il est en plein dans son cursus de formation à l’ENA et qu’il milite sous le pseudonyme de Georges Servet[ii], il va se rapprocher d’une autre personnalité, Henri Frenay, qui va accepter à la fois cette rédaction en commun et la présentation sous son seul nom de ce rapport. Henri Frenay, héros de la Résistance, fondateur du mouvement Combat, avait créé à la Libération l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) puis s’en était détaché par opposition à François Mitterrand et avait alors rejoint la SFIO, sans toutefois s’y impliquer fortement. L’évolution du conflit algérien l’amène à considérer que les enjeux justifient un engagement de sa part, aux côtés de ce jeune inspecteur des finances dont il partage à la fois la plume et les idées.

Il n’est pas indifférent de noter que Michel Rocard – dont le père, Yves Rocard, lui aussi grand résistant, avait désapprouvé l’entrée à Sciences Po – se place, dans cette période cruciale de la guerre d’Algérie, sous le patronage de deux compagnons de la Libération, Alain Savary puis Henri Frenay.

Plus qu’une motion de congrès, « le drame algérien » est en effet un rapport, dense, solidement informé et argumenté. Il replace le conflit dans la perspective des décolonisations au lendemain de la Seconde guerre mondiale, décortique les impasses de la politique d’assimilation, « proclamée mais jamais appliquée », que la France prétendait mener en Algérie, revient sur les origines du nationalisme algérien entre les deux guerres, sans passer sous silence les évènements dramatiques comme les massacres de Sétif en mai 1945. Surtout, il adopte un point de vue très novateur par rapport aux Français d’Algérie, dont on a vu que les émeutes, le 6 février 1956, avaient été un facteur déterminant du revirement de Guy Mollet : « Si l’un des devoirs du Gouvernement français, dit le rapport Rocard-Frenay, est d’assurer aujourd’hui et demain la protection de la vie et des biens des Français d’Algérie, l’autre est de ne pas se laisser imposer par eux une politique d’où ne peut résulter qu’un divorce définitif entre les deux communautés et à terme rapproché la sécession de l’Algérie. [iii]»

S’agissant d’un texte destiné à alimenter le débat au sein du Parti, il s’appuie naturellement sur les contradictions entre les engagements électoraux du Front républicain et la politique conduite mais aussi sur les discordances entre les orientations définies dans les congrès et les autres instances depuis 1956 et les résultats obtenus. Il dresse un bilan accablant sur les résultats militaires, économiques, politiques mais aussi sur l’impact moral du conflit, en raison notamment des nombreuses violations des droits humains et de l’État de droit qu’emporte la mise en œuvre des pouvoirs spéciaux.

Enfin, le rapport propose des solutions, reposant sur la « reconnaissance d’une République algérienne », liée avec la France « par des liens de caractère fédéral [...] pour que la notion d’indépendance dans l’interdépendance trouve sa signification ». Il ajoute : « Le caractère fédéral de ces liens ne préjuge ni de leur importance, ni de leur nature. On sait, en effet, que le lien fédéral peut être très étroit ou très lâche. Il est juste que ce problème soit laissé à la discussion des parties »[iv]. Ces bases de négociations devraient, dans l’esprit des auteurs, déboucher sur une négociation, dont les résultats seraient soumis à référendum, « qui constitue la seule garantie sérieuse que l’accord réalisé dans la négociation liera durablement les parties », puis à la mise en place d’une Assemblée constituante.

Le message signé Edouard Depreux et Robert Verdier annonçant à Michel Rocard la création du PSA le 14 septembre 1958
Le message signé Edouard Depreux et Robert Verdier annonçant à Michel Rocard la création du PSA le 14 septembre 1958

Ce rapport se conclut par un projet de résolution, qui sera donc soumis à la 6ème section de Paris de la SFIO, qui l’adoptera, publié dans le bulletin intérieur du Parti, mais qui ne franchira pas le cap du congrès fédéral. Le congrès de Toulouse, qui intervient après la chute du gouvernement de Guy Mollet en mai 1957, se traduit par un léger renforcement de la minorité, mais juste après, en juillet 1957, la présentation d’un projet de loi sur la reconduction et l’extension des pouvoirs spéciaux accentue les fractures. Elles sont particulièrement manifestes chez les étudiants socialistes, avec qui Michel Rocard a conservé des liens étroits, et en février 1958, Gaston Karila et Jacques Bugnicourt, deux successeurs de Rocard à la direction des ES, sont exclus du Parti.

En avril 1958, la minorité s’exprime au grand jour avec le lancement du périodique Tribune du socialisme, mais certains de ses principaux dirigeants, comme Édouard Depreux, restent dans une attitude légaliste, persuadés qu’il reste envisageable de conquérir la majorité et d’éviter une scission. Toutefois, le retour au pouvoir du général de Gaulle dans les fourgons des ultras algériens le 13 mai 1958 et le ralliement de Guy Mollet à la Vème République vont modifier les termes du débat au-delà de la seule question de l’Algérie. En juin 1958, justement, un groupe de « jeunes militants de la fédération de la Seine », parmi lesquels Alain Badiou, Serge Barthélemy, Serge Hurtig, Jean Minthe, Michel Rocard et Emmanuel Terray, s’adresse aux dirigeants de la minorité : Depreux, Daniel Mayer, Antoine Mazier, Oreste Rosenfeld, Alain Savary, Robert Verdier et quelques autres, pour leur signifier que « les circonstances exigeaient des accents d’une autre taille et d’une autre source pour affirmer encore la voix du socialisme démocratique ». Ils demandent en particulier que la minorité se fédère autour d’un « organe directeur unique », désigne un candidat à la succession de Guy Mollet et recherche un regroupement avec les formations de la gauche non communiste.

Au début de l’été 1958, Michel Rocard remplace quelques semaines André Seurat, qui était la cheville ouvrière administrative de la minorité, pour assurer le secrétariat, la diffusion du bulletin, les contacts en province. Puis, en août, avec tous ses camarades de promotion de l’ENA, il est affecté en Algérie. Il ne sera donc pas présent les 13 et 14 septembre 1958 quand, à Issy-les-Moulineaux, est créé le « Parti socialiste SFIO autonome » (PSA), la scission de la minorité étant devenue inéluctable. Mais il conservera jusqu’au bout, dans ses documents les plus précieux, le message par lequel tous les dirigeants du nouveau parti avaient tenu à l’informer de sa création.

En Algérie, il retrouve dès son arrivée son camarade des étudiants socialistes, Jacques Bugnicourt, et c’est sur son instigation qu’il va entreprendre son enquête sur les camps de regroupement, qui donnera lieu à un rapport au délégué général Paul Delouvrier rendu célèbre après sa divulgation dans Le Monde et France-Observateur. Mais, selon l’expression consacrée, ceci est déjà une autre histoire.

C’est ainsi qu’en deux ans, entre 1956 et 1958, Michel Rocard qui n’était encore à l’époque – selon ses propres termes – « qu’un petit jeune qui monte, qu’on repère doucement, [...] pas encore totalement aspiré » a contribué pour l’opposition socialiste à la guerre d’Algérie à la fois à la réflexion théorique, avec le rapport Frenay, au travail d’appareil, aux côtés d’André Seurat dans l’organisation administrative, et à l’initiative stratégique, avec les autres anciens responsables des ES, pour que la minorité sorte de l’ambiguïté entre légalisme de Parti et affirmation des principes politiques.

 

Pour aller plus loin :

Gilles MORIN, Socialistes contre la Guerre d’Algérie, de la SFIO au PSU (1954-1960), éditions de L’Arbre Bleu, Nancy, 2024.

Michel ROCARD, Rapport sur les camps de regroupement et autres textes sur la guerre d’Algérie, éditions Mille et une nuits, Paris, 2003.

[1] Professeur à la Sorbonne, figure marquante du combat anticolonialiste, conseiller de l’Union française

[2] Ancien responsable du Komintern, devenu militant de l’aile gauche socialiste, qui a contribué à faire découvrir le marxisme à Michel Rocard

[3] Futur Premier ministre du Maroc après l’indépendance

[4] Fondateur de l’Union nationale des forces populaires, parti indépendantiste progressiste du Maroc

[5] Cf. « Premiers engagements », entretien de Michel Rocard avec Claire Andrieu, Marc-Olivier Baruch, Vincent Duclert, Pierre Encrevé, Gilles Morin et Sylvie Thénault, in Michel ROCARD, Rapport sur les camps de regroupement et autres textes sur la guerre d’Algérie, éditions Mille et une nuits, Paris, 2003.

[6] « Premiers engagements », op. cit.

[7] Journaliste, éditorialiste à France-Obsezrvateur, un des fondateurs du mouvement de résistance Combat, ancien déporté

[8] Professeur à la Sorbonne, proche d’Emmanuel Mounier et de la revue Esprit ; c’est à son propos que le ministre de la Défense, Bourgès-Maunoury, ironisera sur les poursuites diligentées contre « les chers professeurs »

[9] Cf. « Michel Rocard et l’opposition socialiste à la guerre d’Algérie », par Gilles MORIN, in Michel ROCARD, Rapport sur les camps de regroupement et autres textes sur la guerre d’Algérie, éditions Mille et une nuits, Paris, 2003.

[10] Michel Servet était un théologien protestant, brûlé comme hérétique par les calvinistes.

[11] « La drame algérien », rapport présenté par Henri Frenay, in Michel ROCARD, Rapport sur les camps de regroupement et autres textes sur la guerre d’Algérie, éditions Mille et une nuits, Paris, 2003.

[12] « Le drame algérien », op. cit.

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