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Fondation Jean Jaurès

L'art du compromis selon Michel Rocard

26 juin 2026

Dans un texte de 2011, Michel Rocard a défini le compromis comme consubstantiel de la social-démocratie. Si la démocratie est l’art du traitement des conflits autrement que par la violence, il considérait cependant que le système politique - « qui veut que, sur tout sujet, apparaisse forcément un vainqueur et un vaincu au lieu de rechercher des compromis » engendre une « violence du nombre », même symbolique, que le compromis social-démocrate devrait surmonter.

De fait, dans l’exercice de ses responsabilités gouvernementales, Michel Rocard a pratiqué avec constance l’art du compromis. Ministre de l’agriculture, il renoue le dialogue avec le syndicalisme agricole et, fin 1984, il fait adopter à l’unanimité deux lois sur l’enseignement agricole public et privé, alors que six mois auparavant, le pays se déchirait sur la querelle scolaire. Premier ministre, il est l’artisan des accords de Matignon qui, quelques semaines après le drame d’Ouvéa, engagent la Nouvelle-Calédonie sur la voie d’une décolonisation pacifique. Surtout, trois ans durant, en l’absence de majorité absolue au Parlement, il va mener à bien des réformes importantes, par des compromis passés tantôt avec les groupes centristes, tantôt avec le Parti communiste.

Pourtant, cette référence au compromis social-démocrate n’a pas toujours été présente, sinon dans la pensée du moins dans le discours de Michel Rocard. C’est à partir du congrès de Valence, en octobre 1981, que le terme de compromis retrouve officiellement une acception positive dans les textes officiels du Parti socialiste. Pour Michel Rocard, qui y insiste fortement dans son discours lors de ce congrès, le compromis est à la fois lié à l’exercice du pouvoir mais aussi à une social-démocratie assumée. De là les marqueurs rocardiens développés à partir de cette période, selon lesquels la durabilité des réformes procède de leur acceptabilité politique mais aussi sociale. Elles doivent donc reposer sur des compromis : le contrat négocié compte parfois davantage que la loi imposée et le compromis devient à la fois un facteur de progrès collectif et de pacification des relations humaines.

C’est cette approche singulière de l’art du compromis que ce colloque a permis d'aborder.

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