Charles Josselin, ou "la Bretagne, en haut à gauche"
Lorsqu’aux élections législatives de mars 1973, dans la circonscription de Dinan (Côtes-du-Nord), Charles Josselin bat de 51 petites voix le cacique de la IVe République qu’était René Pleven, c’était le signe annonciateur d’un changement d’époque. Venu à la politique par le militantisme étudiant au sein de l’UNEF (il fût vice-président chargé des questions internationales en 1960), il rejoint au milieu des années 60 la Convention des Institutions républicaines de François Mitterrand, puis le Parti socialiste en 1971, tout en militant au sein du Club des Bonnets rouges pour « la conversion au socialisme du régionalisme breton et à la régionalisation des socialistes bretons [1]».
Après les législatives, Charles Josselin enchaîne les « premières » : en septembre 1973, il est élu conseiller général (un mandat qu’il conservera jusqu’en 2015 !) puis en mars 1976, à 38 ans, président du conseil général (c’est d’ailleurs sous son impulsion que le nom du département deviendra les Côtes d’Armor), personnifiant avec Marie Jacq (Finistère) et Yves Le Foll (Saint-Brieuc) le basculement à gauche de la Bretagne, bientôt rejoints par Louis Le Pensec (Finistère) et Jean-Yves Le Drian (Morbihan). Il prend une part active dans le BREIS (bureau régional d’études et d’informations socialistes) et, lors du congrès de Metz, rejoint le courant de Michel Rocard avec la plupart des parlementaires bretons, marqués par le discours du congrès de Nantes (1977) sur les deux cultures : pour la Bretagne, décentralisation, reconnaissance des identités culturelles régionales, innovation sociale et économique sont des idées qui résonnent. En 1977, il est élu maire de sa commune natale de Pleslin-Trigavou et après le naufrage de l'Amoco Cadiz en 1978, il sera un des fédérateurs du combat des élus bretons.
S’il est battu aux législatives de 1978, il retrouve son siège en juin 1981, le PS emportant les cinq circonscriptions du département. Il entre pour la première fois au gouvernement en novembre 1985, comme secrétaire d’Etat aux transports, puis en avril 1992 comme secrétaire d’Etat à la Mer (Bernard Cazeneuve, futur Premier ministre, a été son chef de cabinet). Un des rares rescapés des législatives de 1993, il est réélu aisément en juin 1997. Il devient secrétaire d’Etat, puis ministre délégué, à la coopération et à la francophonie. Les règles de non-cumul fixées par Lionel Jospin le conduisent à passer le relais, et après un bref intermède au Sénat entre 2006 et 2008, il ne détient plus de mandat national après cette date.
Charles Josselin, qui vient de nous quitter le 1er septembre à 88 ans, était un élu de terrain profondément enraciné et chaleureux, à la parole rare et donc écoutée, très attaché à la dimension européenne et internationale du socialisme. Nous exprimons à sa famille et à ses proches nos sincères condoléances.
[1] Notice MAITRON sur Charles Josselin, par François PRIGENT